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Bonjour mon cercle amical, avant de me lancer dans cet interview, je voulais vous faire part de la façon, si particulière dont j’ai rencontré Razik. Figurez-vous que c’est par le biais de ma fille Joy, cet auteur est simplement son professeur de français au collège.

Hello Razik, tout d’abord sache que je suis heureux et fier de te recevoir, ici même sur Mon « Blog ». Alors, venons-en au fait ! Installe-toi confortablement, permets-moi de t’offrir, un café, un thé peut-être ?

Un café fera l'affaire si je peux fumer !

Bien, alors Razik, je vais être curieux, mais je suppose que tu t’en doutes bien étant donné que tu as accepté cette entrevue. Tu es un homme, auteur, lecteur, père de famille et professeur de français dans un collège mais finalement qui es-tu exactement en quelques mots Razik Benyahia ?

C'est déjà pas mal, non ? Surtout pour ''un homme'' … Sérieusement, je suis né dans les montagnes de Kabylie, en Algérie, il y a de cela un demi siècle. Après des détours fous et improbables, je me retrouve ici, à exercer un beau métier et à consacrer autant de temps que je peux à l'écriture. En outre, pour faire bien, je peux dire que je suis quelqu'un qui est soucieux du bien être de ceux qui l'entourent, de transmettre un certain nombre de choses qui me tiennent à cœur.

Comment fais-tu pour tout conjuguer ?

Je ne sais pas trop si j'arrive à tout conjuguer, même si la conjugaison fait partie de mon travail. J'essaye de faire de mon mieux dans tous ces domaines. J'avoue que je ne suis pas un as de l'organisation mais souvent, les choses se goupillent d'elles-mêmes et quand ça coince, et bien, j'arrête et je respire un bon coup ! Sauf pour les gosses...

Je vais me pencher plus vers ton activité d’auteur si tu me le permets : quel est le cadre idéal où tu aimes écrire ?

La nuit, certainement la nuit, chez moi, pour le travail de fond, ce que j'appelle la clôture. Mais, je note, bien sûr, les idées qui me viennent à l'esprit, à n'importe quel moment de la journée.

Même si je suis conscient que les auteur(e)s se servent de leurs vies pour écrire, je désire en découvrir plus sur tes sources d’inspirations, quelles sont-elles ? 

Je suis un auteur tourné vers le réalisme social. A ce titre, la société est un corps que j'observe, que je scrute et que j'analyse continuellement. Elle constitue donc une inspiration importante à travers surtout les histoires des gens que je rencontre. Bien évidemment, il y a mes lectures.

Qu’oserais-tu dire à des lectrices et lecteurs potentiels qui n’ont pas encore eu la chance de te lire ?

Et bien, de lire mon livre, bien sûr ! Loin de moi le ton injonctif qu'on peut prêter à cette phrase, mais c'est juste histoire de mettre un nom, une émotion à cette terrible guerre civile qui a marqué ma génération et l'Algérie contemporaine. Je pense que l'Histoire explique, et c'est important, mais la littérature fait vivre, fait ressentir les événements historiques. « Germinal » vaut autant, sinon mieux que les textes historiques ou sociologiques sur la vie des mineurs au 19eme siècle. La guerre civile en Algérie était une tragédie. Elle se raconte souvent par des chiffres macabres, des noms funestes, des points d'orgue particulièrement sanglants. Mes nouvelles reviennent sur les personnes, les victimes pour leur donner un visage, parler de leurs vies et de ce qu'elle ont subi. Ce n'est certes pas joyeux mais un moment de vérité, de mémoire, ne fait pas de mal, un rappel sans frais de la valeur précieuse de la liberté, du respect et de la démocratie qui préservent la paix.

(J’espère ceci dit que mon retour au sujet d’un de ton recueil de nouvelles en l’occurrence « La valse des temps modernes et autres nouvelles » publié sur mon blog, va déjà donner aux lectrices et lecteurs l’envie de te lire). 

D’ailleurs raconte-moi l’histoire de ce livre qui semble-t-il à une valeur particulière pour toi ? D’où est venue l’idée ? Les petites informations pour la naissance des lignes etc. Je veux tout savoir ?

Tu as raison, le travail d'écriture a son histoire. Les premières lignes de ce livre remontent à 1998. J'étais étudiant à Alger, en plein guerre civile. La tragédie battait son plein et les morts se ramassaient à la pelle. Un jour, mon amie n'était pas venue le matin aux cours. Quand je l'ai vue l'après-midi, elle m'avait expliqué avec émotion qu'un de ses voisins a été tué par une belle perdue lors d'un accrochage dans son quartier. Un jeune homme, orphelin et aîné de sa famille, qui prenait en charge ses frères et sœurs et qui travaillait depuis des années pour pouvoir se marier. Un jeune homme gentil et serviable qu'elle connaissait et aimait bien. Elle était en larmes et était venue à la fac juste pour fuir la tristesse du quartier. Cela m'a retourné, et notamment l'expression « balle perdue ». Le soir même, j'ai commencé l'écriture de la première nouvelle. Par la suite, au fil des années, je me suis inspiré d'histoires de personnes que j'ai lues dans les journaux ou entendues  de mes proches pour compléter le recueil. Je mettais ça dans un classeur, au fur et à mesure, pendant des années. J'ai ressorti tout ça l'année dernière et j'ai commencé le travail de clôture.

N’hésite pas à mettre quelques extraits de ton livre.

Oui, justement, j'ai rajouté une petite nouvelle dont le titre est « Au temps pour moi », une sorte de nouvelle-prologue qui donne une organisation à l'ensemble. Voici un extrait :

      « Ainsi donc, voici le récit des jours de quelques personnes. Hélas, cela ne sera pas une ballade heureuse, instructive ou divertissante ; cela ne sera pas un conte merveilleux qui remplirait joyeusement toutes les règles de Vladimir Propp. C’est une clameur, sans doute une litanie macabre, en dépit des impedimenta inqualifiables et indécents.…

       Réalité ou affabulation ? A vous de voir… Autre citation que je ne déplore pas cette fois-ci, ne dit-on pas que « la réalité dépasse la fiction » ? S’est-il passé pire ? Les statistiques inévitables couvrent de leur froideur mathématique les tragédies des personnes, la souffrance des cœurs, l’errance des esprits. Les événements se suivent et se couvrent d’un linceul expéditif. On déplore les morts et on rentre panser ses plaies espérant que ce temps passe, passe, passe. Il est passé pour les vivants, et les morts aussi mais ils ne peuvent rien dire. Seulement, les tragédies sont là, dans les cœurs et les yeux des concernés, des touchés, des blessés.

      Peu importe, il faut dire que pour moi qui suis bien vivant, malgré l’affreux désœuvrement qui m’occupe, l’avenir noir qu’on me promet et l’atroce peur qui me tient debout, c’est un luxe que de raconter leurs jours …

      Au temps pour moi…

     Non qu’il faille à tout prix occuper l’espace du temps, non pour pleurer notre malheur et le reste de nos tourments mais parce qu’il faut dire pour ne jamais oublier. Ne jamais oublier malgré la loi de réconciliation infamante. Cette loi qui gomme tout, absout tout, qui remet l’ivraie avec le bon grain. Cette loi est comme un clou rouillé qu'on vous plante en plein cœur tout en vous ordonnant de ne pas crier.

  La mémoire courte est aussi dangereuse que la profonde bêtise d’un peuple qui ne s’indigne pas ! » 

Si tu avais le choix d’un ou une auteur(e) pour un quatre mains, qui choisirais-tu ?

Boualem Sansal. En plus de son regard acéré et juste sur la société et sa transformation, son style est pour moi une musique dont je ne me lasse pas. J’apprécie aussi  énormément la personne que j'ai connue quand j'étais étudiant à Grenoble.

Ton tout premier manuscrit fini ?

Un recueil de poésie que j'ai publié d'ailleurs, à compte d'auteur, mais par le biais de La Société générale des écrivains, en 2007. Il est intitulé « L'Enchanteresse ». Il a été préfacé d'ailleurs par Boualem Sansal. Le sujet est la figure féminine mais déployée en trois volets : La femme-Algérie, la femme-mère et la femme-amante.

Tu es auto éditée ou en Maison d’édition et pourquoi un tel choix ?

Je suis édité par « Le lys Bleu ». C'est un choix car la conception, la promotion, la distribution ne sont vraiment pas mon fort. Finalement, ce n'est pas vraiment un choix  

Avant de conclure le chapitre auteur, peut-être as-tu envie de m’offrir un scoop sur ton futur projet? 

Bien sûr. Je travaille en ce moment sur une pièce de théâtre dont le titre provisoire est « Liberté ou l'écho du labyrinthe ». C'est une Algérie imaginée, une Algérie complètement islamisée et « salafisée » si je puis dire, devenue une prison à ciel ouvert. Un personnage loufoque « Moho » et d'autres, vivotant dans cet univers clos et despotique, vont tenter de s'enfuir. Voilà, j'aime explorer les genres littéraires et je m'essaye donc au théâtre.

Passons à l’aspect lecteur. Comment choisis-tu tes lectures ? Quels sont tes styles de prédilections ?

C'est peut-être elles qui me choisissent... mais c'est comme des rencontres ! Je suis tombé sur, et j'ai adoré il n' y a pas longtemps, « Bleu de chauffe » de Nan Aurosseau ou « Vivre me tue » de Paul Smaïl (un des pseudo de Daniel Théron, plus connu sous le pseudonyme de Jack-Alain Léger). Tu l'a compris, mon genre préféré est plutôt le réalisme social. Mais j'aime également les livres d'anticipation (George Orwel et les derniers livres de Boualem Sansal), le théâtre engagé (Kateb Yacine, Samuel Beckett, Alexis Michalik).

Ton auteur(e) favori(e) ? (Des raisons évidentes à ton jugement…)

Un auteur ? C'est chaud !... Si je dois n'en citer qu'un, je dirais Kateb Yacine. Je l'ai découvert jeune, il m'a fasciné tout de suite par ses thèmes, son style et ses positions. Ce qui est génial pour moi, c'est qu'il continue de me fasciner encore aujourd'hui. J'ai à peu près tout lu, même des textes sur lui ou sur son œuvre.

Le tout premier livre que tu as lu, c’était quoi ?

Quand j'étais petit, le livre n'existait pas autour de moi, c'était loin d'être une priorité dans les montagnes pauvres de Kabylie. A l'école, on avait pas de CDI ni de bibliothèque. Le tout premier livre qui n'était pas un manuel scolaire et que j'ai eu entre les mains, il m'a été offert par mon professeur de physique en fin de collège. C'était, si je me souviens bien, « La planète, une poubelle », ou quelque chose comme ça, un pavé sur l'écologie avant l'heure. Je ne l'ai pas fini bien sûr. Et en première je crois, j'ai lu et fini mon premier livre, c'est un polar mais je ne me souviens ni du titre, ni de l'auteur. Sinon, je ne suis devenu vraiment lecteur qu'à l'université.

Ton coup de foudre littéraire ? Le livre qui t’a le plus bouleversé ? (Les raisons à cela)

J'ai aimé beaucoup de livres, c'est pas juste... mon coup de foudre est pluriel, c'est un corps peuplé de : « Nadjma » de Kateb Yacine, une révélation comme une naissance au monde des livres, « Le joueur d’échecs » de Stephan Zweig, la suavité de l'écriture « La mère » de Maxime Gorki, « Le Sermon des barbares » de Boualem Sansal, écriture luxurieuse, dense et provocatrice. Il y en a bien d'autres évidemment, « La nausée » de Jean-Paul Sartre m'a fichu un cafard existentiel bien salvateur, « Martin Eden » de Jack London, m'a bouleversé profondément... Je peux continuer ? 

Pour nourrir ma curiosité, j’aimerais aussi te demander si tu regardes la télévision, des séries peut-être ou des films, dis-moi tout ?

Oui, je regarde la télévision, notamment le foot et les émissions politiques. Je suis fan des films de mafia (Scorsese, Copolla), des séries comme Game of trônes, The Wire, The News room, le Bureau des légendes et surtout True detective.

Et la musique dans ta vie, a-t-elle une place ? Tes goûts…

La musique... quand tout va mal, quand le désespoir vous assiège et vous range, quand le ciel s'obscurcit et que l'air pourrit à l'envi, il restera toujours la musique comme un fil solide qui vous rattache à la vie... autrement dit, la musique c'est la voix de l'âme, c'est vachement important. Par principe, je suis ouvert à tout mais je suis de la génération rock (les groupes comme Dire Straits, les Pink Floyd, Guns & Roses, ACDC, Nirvana, etc). J'aime quand les instruments s'expriment comme s'ils parlaient, comme dans le blues (Eric Clapton, B. B. King, etc), le Jazz (Art Pepper, Miles Devis) et le flamenco (Alexandre Lagoya, Paco de Lucia, etc). Il y a notamment un style algérien qu'on appelle Chaabi (traduction, populaire) et que j'écoute souvent, des chanteurs comme Guerouabi, Dahmane el Harachi, Matoub et un autre style dit simplement moderne avec le célèbre chanteur Kabyle Idir, mais aussi Inasliyen, Djamel Allam. Et enfin, quand la parole s'habille ingénieusement de la musique pour m'offrir un océan de sentiments, je ne peux pas ne pas écouter Brel, Brassens et surtout Léo Ferré.

Voilà, nous arrivons bientôt à la fin de cet entretien MAIS, serait-il possible que tu glisses les liens où l’on peut te découvrir ?

https://www.fnac.com/ia751886/Razik-Benyahia

https://www.decitre.fr/auteur/1317380/Razik+Benyahia

https://www.lysbleueditions.com/catalogue/?_recherche_par_titre_auteur=benyahia+razik

https://www.liberte-algerie.com/culture/chroniques-des-annees-de-sang-369737

Sans oublier de t’interroger sur mon blog, comment trouves-tu mon idée ?

Je loue ton idée et t'encourage à persévérer. C'est important que des gens continuent à donner de l'importance aux livres. Parler des livres est une façon de les faire vivre, c'est leur oxygène et tu en es un des cœurs. Bats, Fred... bats … la chamade...

Où va-t-on avoir la chance de te croiser en salon cette année ?

Le 24 septembre pour les 40 ans de la médiathèque de Miramas.

Et enfin, quels sont tes vœux et résolutions pour l’année 2022 ?

Rester vivant (rires), et continuer d'écrire et publier ma pièce de théâtre.

Razik, je te remercie profondément de m’avoir accordé ce temps, même si je sais vu tout ce que tu fais, qu’il t’en manque. Je te salue et j’espère te revoir bientôt.